
Une jeune provinciale se retrouve subitement précipitée dans une situation étrange et très éprouvante. L’intruse ne lui accorde aucun répit et « Dame Noire » guette ! Elle doit trouver la force de résister. Mais sa capacité d’endurance sera-t-elle suffisante dans des conditions aussi cruelles ? Dorénavant, ses jours sont rythmés par la souffrance, la peur, les interrogations, les incertitudes, la difficulté et la détermination.
“Anita, malgré le traitement à base d’immunoglobulines, souffrait toujours plus. Elle avait l’impression qu’une meute de chiens enragés attaquait ses chairs et la mettait en lambeaux. Elle se disait qu’il était illusoire qu’elle puisse résister encore longtemps à une telle furie. Elle suppliait les infirmiers pour qu’on la soulage mais on ne lui donnait rien. Elle était en sueur et il lui était impossible de s’essuyer. Ses cheveux collaient à son visage. Ses yeux fixaient le plafond. Elle en comptait les dalles. Elle savait que la troisième en partant de la porte avait une large tache jaunie et que celle juste au-dessus de son lit avait plus de cent cinquante petits points noirs. Sa terreur, c’était quand elle apercevait des mouches. Elle savait qu’elles viendraient courir sur son nez, son front, sa bouche, sales bêtes ! Comment les chasser ? Elle essayait, avec le peu de souffle qu’elle avait, ou en bougeant la tête, mais elles ne se sauvaient pas, ou si elles s’envolaient, elles revenaient en force de plus belle ! Et pas de chance en plus ! Il n’y avait plus aucun ventilateur disponible, même pour elle qui était clouée là, dans l’impossibilité de se défendre de la chaleur et à la merci des insectes !
Les nuits étaient atroces. Les infirmières de garde lui enjoignirent de se taire afin de ne pas réveiller les autres patients qui “aimeraient bien pouvoir dormir, eux !” Elle se demandait bien comment pouvait-on se taire sous la torture !”
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“Quinze jours s’écoulèrent dans cette unité de soins qu’elle connaissait déjà bien. On lui annonça un matin qu’on allait la préparer dès quatorze heures pour passer un électromyogramme avec le docteur Meunier. Encore une épreuve à subir. Ce ne fut pas une partie de plaisir ! Ce jour fut probablement le plus abominable de sa vie ! À la fin de la séance, le pire des verdicts tomba : “Il n’y a plus de jus, Mademoiselle ! Vous ne remarcherez sans doute plus et vous ne pourrez probablement plus vous resservir de vos mains”. Sur le coup, elle ne voulut pas le croire, elle refusa catégoriquement cette sentence qui s’abattait comme un couperet. L’air grave du médecin et son hochement de tête fit comprendre à Anita que malheureusement il allait falloir accepter cette dure réalité. Elle était complètement anéantie. Impossible d’imaginer l’avenir ainsi ! Entre deux sanglots, elle lui répliqua qu’il ne savait pas à qui il parlait, qu’elle reviendrait le voir plus tard en marchant avec une canne. Le médecin ne répondit même pas, et sortit comme il était entré, avec sa froideur habituelle sans lui donner le moindre petit espoir, ni lui adresser la moindre parole apaisante. Son assistante fut plus humaine. Tout en rangeant le matériel, elle lui souriait…”
“Anita avait des mains tellement impressionnantes qu’ont les aurait cru gonflées à l’hélium. Elles devaient absolument diminuer de volume. Alors, on lui fixait des orthèses très serrées qu’elle devait garder pendant vingt minutes, deux fois par jour. Ses doigts étaient repliés et maintenus de force par de grosses bandes élastiques. C’était très douloureux mais efficace. Au bout de quelque temps, le gonflement avait diminué et malgré “la main de singe”, les articulations étaient plus souples. Elle progressait de jour en jour. Un système de commandes avait été installé sur son fauteuil. Grâce à cet ingénieux procédé, avec ses tempes, elle appuyait à droite ou à gauche sur des contacteurs placés de chaque côté de l’appui-tête pour baisser et lever son lit, commander la sonnette ou la télévision. Elle pouvait aussi sans bras ni mains, uniquement à l’aide de son menton, piloter seule son fauteuil et circuler où elle désirait.”
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“Jade mit la résistance la plus faible, programma cinq minutes et sans trop y croire, demanda à la jeune femme d’essayer. La kiné écarquilla les yeux quand elle vit les genoux d’Anita monter et descendre lentement et faire un premier tour. Elle pédalait ! Jade l’avait installée là sans trop y croire ! Tout le gymnase la regardait. Épuisée mais ravie, Anita alla jusqu’au bout des cinq minutes et les kinés la remirent dans son fauteuil. Désormais, chaque fin de séance se terminait par cet exercice.”
“Ce matin, dès son réveil, Anita était obnubilée par une pensée. Pendant sa visite aux Sertines, elle avait été intriguée par une fragrance qui flottait partout à l’intérieur du manoir et qui ne lui était pas étrangère. Elle était certaine de la connaître mais se demandait bien où elle avait pu respirer ce mélange bien particulier de rose de Damas, de bergamote et de musc et ce je ne sais quoi de très distinctif qui fait la différence avec un parfum quelconque acheté dans une grande surface. Il s’agissait d’un arôme puissant mais délicat à la fois, qui laisse dans son sillage une intense impression de raffinement…”