
Titite est née à Charolles , sous-préfecture paisible de Saône-et-Loire dans les années 1950. Dans cette petite cité blottie au pied de la Tour de Charles le Téméraire, elle grandira dans ce terroir typique, aux saisons bien marquées, aux grasses prairies nourricières des célèbres bœufs blancs mondialement connus, C’est ici, chez ses grands-parents paternels encore très jeunes que la première petite fille, a vécu jusqu’à l’âge de 8 ans dans cette belle demeure du « Pont de Pierre », avant que ses parents ses frères et elle n’habitent dans leur maison du « Pont du Gué ».
Extraits du Chapitre 1 ” DANS LES ASPERGES”
Titite ! Titite ! Mais où est-ce qu’elle est encore ? Vas-tu venir ou je te mets dans la culotte du gendarme… Titite… viens voir, j’ai quelque chose pour toi.
La Titite en question, elle a actuellement au moins dix coccinelles sur les mains et les bras et elle est cachée, accroupie dans les asperges en feuilles au beau milieu du jardin.
Le soleil n’est pas avare de sa chaleur et il est bon de se faire prier et d’arriver avec nonchalance pour se régaler de la grosse tartine de bon beurre jaune saupoudrée de cacao que mémé a préparée.
– Miam ! Mémé, j’en veux encore une…
– Comment qu’on dit ?
– S’il-te-plaît…
Et à cloche-pied, elle s’en va la Titite, en direction des poules… Petits, Petits, elle les appelle, et bien sûr elles accourent avec l’espoir d’avoir quelques miettes de pain. Dans l’allée du jardin, en face le carré de fraises, elles sont là, les poulettes. Mémé va les voir tous les soirs. Elle leur jette le grain, ramasse les quatre ou cinq œufs et ferme bien le verrou. Si par malheur, une poule décide de couver alors qu’elle n’a aucune raison de le faire, mémé le lui fait savoir et la cocotte sort en montrant son mécontentement et en y laissant quelques plumes. Mémé, elle sait parler aux poules, ce sont “ses petites” et elles meurent toutes de vieillesse, pas comme les lapins…
Les lapins, ça aussi c’est rigolo. Des journées entières, près des clapiers, on voit la petite Gisèle, avec son chapeau de paille et sa robe jaune agrémenté d’un croquet rouge autour du col et des poches, qui tend inlassablement des brins d’herbe à tous les Janots des étages.
Quand il y a des petits, on lui dit qu’elle ne peut pas encore les voir car leur maman les délaisserait. Alors, patiemment, elle attend, elle rôde, et essaie d’apercevoir ce qui bouge au fond du nid, dans ce tas de poils et de foin que la mère a douillettement confectionné pour ses petits. Et un jour, elle a l’autorisation… Elle a même le droit de les caresser un petit peu. Qu’ils sont doux et si beaux ! Elle ne se lasse pas de les regarder, ces petites boules grises ou fauves, avec de grandes oreilles. Chaque jour ils prennent des forces et gambadent maintenant à travers toute la cage. Le soir, après son travail, pépé coupe un petit carré de luzerne. C’est dangereux, il ne faut pas s’approcher car la faux affûtée avec la pierre est tranchante comme un rasoir ! Puis, il approche sa brouette devant les cages et distribue de grandes et odorantes brassées d’herbe fraîche. Quelquefois, il faut bien en manger un de ces lapins ! C’est fait pour ça. Alors, c’est mémé qui munie de son gourdin, assomme un beau gros mâle et c’est Titite qui apporte le bol pour récolter le sang qui servira à faire un civet comme peu de maîtresses de maison alentour savent le faire. C’est un vrai spectacle de voir mémé pendre le lapin par les pattes de derrière, l’écorcher, le vider de ses intestins et viscères, et de le déposer ensuite tout chaud dans un grand plat.
Les repas chez pépé et mémé, c’est quelque chose ! On se croirait tous les jours au restaurant. Mémé adore faire la cuisine et dans les environs on connaît sa réputation et très souvent, des gourmands rendent visite un peu tard dans l’intention de se faire prier afin de partager le souper. L’odeur de la soupe fumante ne peut s’oublier. Les terrines confectionnées justement avec ces chers lapins, les ragoûts, les potées, les petites crèmes, tout est raffiné, délicieux et le plaisir est bien réel.
Quand on est à table, il faut se taire. Pépé écoute ses “nouvelles” à la télévision et il commente lui aussi en même temps que les images tout ce qu’il voit, surtout la politique. Titite, elle, pendant ce temps…