À la suite d’une maladie invalidante, Prune s’est retrouvée subitement en fauteuil roulant. Inlassablement, elle promène sa plume sur les pages de ses carnets. Elle y évoque des rêves et des cauchemars, des fantasmes, des blessures,. Elle aborde alternativement l’espoir et le désespoir, soit avec tendresse, soit à coups de mots rageurs. Ses expressions parfois cinglantes s’inspirent aussi de faits réels qui la réjouissent ou qui l’indignent. Jamais amère, sa joie de vivre est communicative et elle prône toujours les nobles causes ! Laissez-vous porter par ce recueil qui, comme les précédents, devrait vous séduire, et vous inviter à la réflexion.

EXTRAIT DU RECUEIL

LES FLEURS ET LES ORTIES

Perchées sur un talus propret, au sol bien serfoui,
Parées de leurs robes bleues, cinq hautaines agapanthes,
Dominant un parterre de pensées, de narcisses et d’ancolies,
Se moquaient avec mépris de quelques orties envahissantes.

Comment osez-vous ? Ricanaient-elles tour à tour,
Occuper avec autant de piquants et d’audace
Le domaine de notre belle jardinière et de son amour,
Sans permission, sans précaution, et pire ! Sans aucune grâce ?

Les prétendues mauvaises herbes vertement vexées,
Courbèrent leurs longues tiges aux feuilles velues,
Quand l’une d’elle, relevant sa tête dentelée,
Se mit à vanter de son espèce les multiples vertus.

Sachez que dans cet enclos, si je vous côtoie avec mes sœurs,
Moult raisons justifient notre essentielle présence !
Bien sûr ! Notre aspect ne fait pas se pâmer d’extase tous les cœurs,
Mais notre intérêt, mes chères, n’a pas à rougir d’insuffisance !

Savez-vous, accentua l’urticante avec fierté,
Qu’à l’aide du purin émanant de ma communauté,
À votre existence, nous participons avec notoriété,
Favorisant votre beauté et celle de votre prestigieuse assemblée ?

Mais si ce n’était que cela, il n’y aurait pas de quoi pavoiser !
Nous tenons également une large place dans la pharmacopée.
Nous traitons l’hypertension, et même l’acné,
Et permettons aussi aux rhumatisants d’être soulagés !

Les aphtes, la gingivite ou les angines fuient sous notre action,
Sans oublier notre combat contre le rhume des foins,
Qui grâce au traitement par lyophilisation,
Atténue les éternuements et rend beaucoup plus serein.

Nous aidons à la miction, soignons l’anémie et les ulcères
Et grâce à nos vitamines, naturellement nous reminéralisons,
Nous stimulons la production du lait chez les mères,
Et nantis de propriétés antiallergiques, nous apaisons.

Bon nombre de fins gourmets notre soupe apprécient !
Les canetons aussi se régalent, quand dans leurs menus,
Très souvent, leur sont expertement servies,
Nos fraîches jeunes pousses hachées crues.

Alors de votre dédain et de vos sarcasmes, nous n’avons que faire !
Nous ne nous offusquerons plus de votre arrogance,
Car nos grandes qualités valent plus que votre beauté éphémère,
Et beaucoup nous témoignent éternelle reconnaissance.

Pavanez ! Paradez ! Belles fragiles, fugaces et périssables !
Demain, ici ou dans un vase, lamentablement, vous irez flétrir,
Pendant que nous, poilues, coriaces mais indispensables,
Serviront au mieux et contribuerons à adoucir l’avenir !

La nature a généreusement attribué
Aux puissants, aux faibles, aux grands comme aux petits,
Une fonction à tout ce qu’elle a enfanté,
Afin que tous puissent vivre en harmonie.

Jamais il ne faut juger de l’apparence d’autrui,
En qui peut être caché de louables missions.
Quand l’un offre sa beauté qui assurément ravit,
Un autre prodigue sa bonté, son utilité ou sa contribution.

Toutes les races, les catégories, les genres et les substances du vivant
Se multiplient, évoluent ou dégénèrent, se débattent ou tuent.
C’est toujours ainsi, depuis la nuit des temps !
Et jamais rien ne change et toujours, toujours… continue, continue.

 

Prune, le 27 janvier 2021 – ©EditionsLesCahiersdelanoue – Textes et droits Réservés

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