
Dans ce nouveau recueil de poésies, Prune vous enveloppe d’émotions simples ou parfois étranges, recueillies dans les confidences que les Muses sont venues lui murmurer à l’oreille. Entrez dans cette intimité à pas de velours. Vous y trouverez tour à tour, la passion, le rêve, l’espoir, parfois l’amertume ou le chagrin. Vous serez troublés et surpris par des sentiments et des réflexions qui sans aucun doute, ne vous laisseront pas indifférents.
EXTRAIT DU RECUEIL
SUR LE BANC
Assis sur le banc, le spectacle de la rue devient mon théâtre.
Mes acteurs sont Harpagon, Scarlett, Roméo ou Guignol,
Et parfois ressemblent aux personnages de Pagnol.
Sans qu’ils ne s’en doutent, je suis témoin, critique ou psychiatre.
Je devine leurs pensées, rien qu’à leur allure,
Selon le rythme de leurs pas, selon leurs expressions,
Ce qu’ils emportent avec eux ou le ton de leurs conversations.
Je perce leurs secrets et les suis dans leurs aventures.
Cet homme étriqué à la démarche saccadée, fronce des yeux.
C’est probablement un rond de cuir sous son veston ajusté.
Avec son porte-documents et sa barbichette bien taillée,
Il est certainement très sévère et acrimonieux !
Le nez dans son journal, cet autre va bientôt se cogner à quelque chose,
J’attends avec délice la mythique scène du réverbère,
Mais soudain, il replie son tabloïd, et il accélère…
Il doit avoir une envie pressante, et zut ! il évite l’ecchymose !
Cette gamine traîne des pieds et pleure de colère.
Il n’est pas difficile d’imaginer qu’on vient de lui refuser
Les berlingots exposés dans la vitrine d’à côté,
Aïe ! la punition l’attend ce soir, face à son père.
Ces deux donzelles, sacs à main girly en bandoulière
Maquillées et haut perchées sur leurs escarpins vernis
Commérant sur leur sortie de la veille, elles rient,
En se délectant des moult détails croustillants des faits d’hier !
Une vieille femme trottine, son cabas noir empli de commissions,
Et songe à cette tartelette qu’elle s’est offerte exceptionnellement.
Ce soir, les pieds dans ses chaussons, dans son petit appartement,
Tassée dans son fauteuil, elle s’assoupira seule, devant sa télévision.
En bleu de travail, un ouvrier sifflote, une échelle sous le bras.
Il est heureux car il sait que ce soir, son épouse lui aura cuisiné
Les lasagnes qu’il aime tant, et ce sera la fête sur l’oreiller !
D’un seul coup, il oublie les reproches de son patron ingrat !
Sur le banc d’en face, un ado vient de s’installer.
Il cherche dans ses poches son téléphone mobile.
Sur son clavier, il pianote vivement d’une main habile
Et consulte les publications de ses amis, partagées.
Sortant du grand parc, arrive un groupe de pèlerins
À la tenue sobre, une croix de bois pendant au cou.
Assurément, je crois qu’ils vont prier pour nous !
Leur foi absolue se lit sur leurs visages béats et sereins.
Un instant, je pense à la photo de Doisneau
En apercevant au loin, un couple d’amoureux
Leurs mains entourant leur taille, le regard langoureux.
S’enlaçant tendrement, sans se soucier des badauds.
Comme elle est belle la femme qui s’avance doucement,
Les jambes légères et le sourire éclatant !
Elle est mon amour, elle est mon diamant !
Pour courir l’embrasser, abandonnant mes saynètes, je quitte mon banc !
Prune, le 03 novembre 2019 – Observations –
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